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LA
CÉRAMIQUE
Outre les verres, les liants hydrauliques et les
émaux sur tôle, on distingue parmi
les céramiques traditionnelles les produits
céramiques poreux (poteries, produits réfractaires,
faïence fine, etc.) et les produits céramiques
imperméables (grès cérames,
porcelaines, etc.), dont la pâte a été
vitrifiée à haute température.
La base commune des pâtes céramiques
est l'argile, dont le type est le kaolin, employé
dans les poteries blanches, la faïence fine
et la porcelaine. On lui ajoute des éléments
non plastiques et des fondants, qui provoquent la
vitrification des pâtes. Les pâtes sont
préparées en mélangeant les
éléments dans des délayeurs,
des malaxeurs ou des moulins broyeurs. Elles sont
ensuite façonnées sous forme liquide,
sous forme de pâte presque sèche ou
sous forme de pâte plastique. La porcelaine
cuite à son premier feu, à basse température,
est appelée « dégourdi »
: la pâte présente une consistance
et une porosité lui permettant de subir l'émaillage
; la porcelaine est ensuite cuite à haute
température et acquiert ses caractéristiques
définitives, mais elle peut encore faire
l'objet d'une troisième cuisson si la décoration
comporte des ors ou des couleurs vitrifiables sur
couverte. Les pièces non émaillées,
mais cuites à fond en une seule cuisson,
sont appelées « biscuit ». Les
poteries communes sont cuites, en général,
en charge et en pleine flamme, tandis que les poteries
fines, faïences et porcelaines, sont cuites
en cassettes.
CÉRAMIQUES
INDUSTRIELLES
Introduction
Aujourd'hui,
la famille s'est élargie aux céramiques
techniques, qui conservent les propriétés
des céramiques classiques mais qui ont acquis
des capacités mécaniques nouvelles.
Si bien que l'on parle aujourd'hui de céramiques
thermo-industrielles, de céramiques structurelles
ou encore, dans le monde anglo-saxon, de céramiques
fines. Ces définitions s'appliquent à
toute une famille de produits possédant plusieurs
points communs : les matières de base sont
d'origine minérale et préparées
sous forme de poudres ; la mise en œuvre passe
par une double étape de compression et de
cuisson, qui donne la forme définitive à
la pièce.
Cette
nouvelle génération de céramiques
est capable de subir des contraintes sévères
: protection thermique de pièces exposées
à de hautes températures, composants
de moteurs à explosion, pièces d'usure.
Aussi ce secteur fait-il l'objet d'une intense bataille
économique et industrielle entre le Japon,
les États-Unis et l'Europe. Tous trois investissent
des sommes considérables dans des programmes
de recherche et de développement. Une nouvelle
ère s'ouvre donc pour les céramiques.
Elles pourraient bien devenir le matériau
de l'an 2000 pour toutes les applications où
la performance prime les autres facteurs. Outre
leurs capacités thermiques, leurs qualités
sont nombreuses : faible densité, dureté
élevée, résistance à
l'usure, à l'abrasion et à la corrosion,
transparence optique, perméabilité
magnétique.
Les
céramiques techniques sont promises à
un grand avenir dans les moteurs thermiques, où
leur utilisation dans les parties en contact avec
les gaz brûlants annoncerait la réalisation
d'un moteur pouvant fonctionner sans refroidissement
forcé.
Une
famille nombreuse
Oxydes, nitrures ou carbures d'aluminium, de silicium
ou de titane, les céramiques techniques font
principalement appel à des combinaisons binaires
de corps simples, à des matières premières
extrêmement répandues dans l'écorce
terrestre, géographiquement bien réparties
et dont l'exploitation minière ne pose pas
de difficultés particulières. Mais
la transformation de ces minéraux en poudres
ou en fibres et leur mise en forme à l'échelle
industrielle demandent des moyens lourds.
Les
céramiques sont généralement
classées en deux grandes familles : les oxydes
et les non-oxydes. Les premières comprennent
les grandes céramiques classiques : alumine
(Al2O3), silice (SiO2), zircone (ZrO2) ou encore
oxyde de titane (TiO2). Les céramiques non-oxydes
comprennent les carbures de silicium (SiC), de titane
(TiC) ou encore de bore (B4C). Certaines d'entre
elles, comme les carbures de bore et de silicium,
ont la dureté la plus élevée
de tous les matériaux actuellement connus,
diamant mis à part. Les nitrures sont surtout
à base de silicium (Si3N4), de titane (TiN),
de bore (BN) ou d'aluminium (AlN). Parmi les céramiques
tertiaires et quaternaires, les principales sont
les « SiAlON », qui portent le nom de
leur formule, et les « SiMON » (où
M représente un métal). D'autres sont
encore plus complexes, comme les LAS (composés
de Li, Al, Si), la cordiérite ou la mullite.
À cette grande famille des céramiques
du type poudre, il convient d'ajouter les céramiques
fibres, très prometteuses (SiC et SiCN) :
le carbure de silicium joue le rôle de fibre
et de matrice dans les matériaux composites
SiC/SiC. Elles restent réservées à
quelques applications militaires ou spatiales.
Une
mise en œuvre complexe
Les céramiques techniques lancent un défi
: comment fabriquer des objets à partir de
poudres fines ? La mise en forme de la pièce
doit précéder l'élaboration
du matériau, procédé inverse
de celui de la métallurgie classique. En
effet, les alliages métalliques passent d'abord
par une phase liquide avec addition d'éléments
qui leur confèrent les propriétés
physico-chimiques recherchées ; puis ils
sont coulés dans des moules, usinés
ou déformés plastiquement. À
l'opposé, les poudres céramiques sont
d'abord mélangées à des additifs
plastifiants et pressées à cru pour
obtenir une forme qui se rapproche le plus possible
de la pièce finale. Ce composant reçoit
ensuite des traitements mécaniques ou thermiques
destinés à lui donner ses caractéristiques
finales. Étant donné la dureté
des céramiques, les opérations de
finition sont coûteuses et doivent rester
limitées. C'est l'une des principales difficultés
du développement industriel de ces matériaux.
La
première étape consiste donc à
fabriquer des poudres aux qualités précises
: pureté chimique, grande surface spécifique,
homogénéité élevée,
granulométrie contrôlée. Ces
poudres ont des diamètres variant entre quelques
micromètres et quelques dizaines de micromètres
et même parfois inférieurs au micromètre.
Elles sont élaborées par des procédés
chimiques ou mécaniques : sol-gel, coprécipitation,
atomisation, lyophilisation, pyrolyse de composés
organiques, décomposition par plasma, projection.
La
mise en forme consiste à comprimer les grains
de poudre de façon à créer
entre eux des liaisons permanentes. Idéalement,
le produit comprimé devrait atteindre la
densité du constituant de base. En réalité,
celle-ci n'est pas atteinte à cause des irrégularités
de forme et de la dispersion dimensionnelle des
poudres. Un liquide ou un liant organique sont ajoutés
aux poudres pour les rendre plus manipulables, puis
le mélange pâteux est densifié
par pressage, extrusion, coulage ou injection dans
un moule.
Le
mode de fabrication est choisi en fonction de la
cadence de fabrication souhaitée. Le coulage
en barbotine consiste à couler la solution
liquide de céramique dans un moule en plâtre
qui absorbe le liquide ; il convient aux pièces
de forme complexe, comme les pipes d'échappement
des moteurs. Le moulage par injection, d'une productivité
élevée, est destiné à
des petites pièces de précision. L'extrusion
donne, en continu, des profilés pleins ou
creux. Après mise en forme, les pièces
sont cuites dans un four à haute température
et sous haute pression.
Les
produits actuels
La course vers les hautes températures n'intéresse
pas les seuls moteurs. Dans de nombreux équipements
industriels, l'augmentation de la température
de travail se traduit par un gain de productivité
important, notamment dans les fours utilisés
en sidérurgie, dans l'industrie du verre
ou dans l'industrie céramique elle-même.
Une céramique comme le carbure de silicium,
qui combine résistance thermique, conductivité
électrique et inertie chimique, permet d'envisager
des éléments chauffants capables de
travailler à près de 2 000 °C.
Les mêmes contraintes et les mêmes possibilités
d'utilisation existent pour les échangeurs
thermiques.
Le
fil d'un outil de coupe subit des contraintes mécaniques,
thermiques et d'usure considérables. De plus
en plus, l'alumine, le carbure de silicium et d'autres
céramiques se substituent aux alliages métalliques
qui contiennent des métaux rares comme le
cobalt ou le tungstène. La biocompatibilité
des céramiques les rend utiles en génie
biomédical : prothèses osseuses en
alumine, implants dentaires. Leur inertie chimique
justifie certaines applications très particulières,
comme les membranes de filtration pour la séparation
isotopique de l'uranium.
Avec
la multiplication des applications électroniques
et l'intégration croissante des circuits,
la dissipation thermique est devenue un facteur
important. Ici, la capacité des céramiques
à évacuer des calories et leur faible
dilatation sont appréciées. L'alumine
a été longtemps le matériau
roi pour cette application avant d'être détrônée
par d'autres céramiques encore plus performantes
: nitrures d'aluminium, carbure de silicium ou de
béryllium, l'usage de ce dernier étant
probablement limité par sa toxicité.
Il faut aussi noter l'arrivée de céramiques
supraconductrices de la famille des YBaCuO, qui
ont révolutionné le monde de la recherche
il y a quelques années.
Les
céramiques thermomécaniques
Les applications thermomécaniques des céramiques
sont les plus intéressantes de toutes, mais
aussi les plus délicates. Elles doivent se
substituer à des métaux et alliages
métalliques qui perdent tout ou partie de
leurs propriétés dès que la
température dépasse quelques centaines
de degrés Celsius. Les composants mécaniques
exposés à de très hautes températures,
entre 1 000 °C et 1 400 °C, sont le domaine
d'excellence technique et économique de ces
céramiques.
Les
meilleurs matériaux métalliques utilisés
actuellement (superalliages à base de nickel)
perdent une partie significative de leurs propriétés
dès que la température dépasse
500 °C, et leur utilisation s'arrête à
environ 1 100 °C. Cette température limite
est de 1 200 °C pour les céramiques de
la famille alumine et zircone et de 1 400 °C
pour le carbure et le nitrure de silicium. Ce gain
dans la température de fonctionnement des
moteurs thermiques n'est pas la simple recherche
d'un exploit technique ; il améliore directement
leur performance et leur rendement. Ainsi, les experts
de General Motors estiment qu'un moteur à
explosion qui fonctionnerait à une température
d'environ 1 300 °C aurait un rendement supérieur
de 30 % à celui d'un moteur classique, qui
fonctionne à une température d'environ
900 °C et qui, malgré le refroidissement,
est limité par les matériaux actuels.
Un tel moteur permettrait, à puissance égale,
une économie de consommation de l'ordre de
30 %. De même, les spécialistes de
l'aéronautique estiment qu'un gain de 100
°C sur un turboréacteur entraînerait
une amélioration d'environ 10 % dans la performance
du moteur. Tous les grands constructeurs d'automobiles
ont engagé un programme de développement
de moteurs plus ou moins céramisés
: têtes de piston, cylindres, chambres de
combustion revêtus de céramique. Au
Japon, Nissan a commercialisé un modèle
sportif équipé d'un turbo chargeur
en nitrure de silicium. Plus modestement, des pipes
d'échappement sont utilisées en série
par certains constructeurs européens.
À
ces caractéristiques thermiques s'ajoute
l'avantage d'une densité moindre. La majorité
des céramiques thermiques sont au moins deux
fois plus légères que les alliages
ferreux. Un moteur automobile céramisé
aurait donc le double avantage d'être à
la fois plus léger et plus performant. De
plus, il pourrait, en principe, se passer de refroidissement
(ventilateur, pompe à eau, vase d'expansion)
et devenir ainsi adiabatique ou semi-adiabatique,
c'est-à-dire fonctionner sans échange
thermique avec l'extérieur, ce qui est le
rêve de tous les motoristes ayant le sens
de l'économie. Mais toutes les difficultés
sont loin d'être résolues, en particulier
celle de la liaison entre le revêtement de
céramique et les métaux, qui conservent
leur rôle de support. Il s'agit d'un assemblage
particulièrement difficile, car ces deux
matériaux ont des coefficients de dilatation
très différents.
En
dehors des applications en construction automobile,
les céramiques techniques trouvent déjà
des applications à température ambiante.
C'est le cas de blindages militaires, renforcés
de fibres à base de carbure de bore. Elles
sont aussi utilisées pour renforcer des composants
soumis à des contraintes d'usure élevées
: éléments de pompe dans l'industrie
minière, buses de pulvérisateurs.
Mais c'est dans le secteur spatial que l'on entrevoit
les applications les plus ambitieuses. Les navettes
américaines ont montré la voie avec
leur revêtement isolant en tuiles de silice,
rapportées sur le corps du vaisseau. L'avion
spatial européen Hermes devait faire appel
à des solutions encore plus originales. Sa
protection thermique était assurée
par des panneaux en céramiques qui servaient
aussi d'éléments de structure. Au
total, Hermes devait comporter près de deux
tonnes de produits céramiques.
BEAUX-ARTS
Amphore
Inaltérable et employée à divers
usages, la céramique est un témoin
privilégié des civilisations. Des
récipients du néolithique aux réalisations
actuelles, les céramiques doivent leurs qualités
distinctives à la composition de leur pâte
et à leur mode de cuisson. Mais les machines
industrielles ne font qu'imiter les gestes millénaires
du potier pour mettre en œuvre une technique
dont le principe reste fondamentalement le même
: transmutation au four d'une matière molle
– à l'origine de l'argile (en grec
keramos) mélangée à des dégraissants
(sable, quartz, cendres, fragments végétaux,
paille, calcite…) – en un produit dur
et solide.
Alexandre
Brongniart, directeur de la Manufacture de Sèvres
de 1800 à 1837, propose une classification
en fonction de la dureté et de la porosité
de la pâte : il distingue les pâtes
tendres, opaques et poreuses cuites à basse
température, qui peuvent être vernissées
ou émaillées ; les faïences fines
et les grès, durs, opaques et imperméables
; enfin, les porcelaines, dures ou tendres.
D'usage
universel et multiple, la céramique reste
jusqu'à nos jours matériau de construction,
de revêtement mural, de pavement, d'expression
esthétique, et a connu, de la cuisine à
la table, des fortunes diverses. Les caravanes de
l'Islam, les compagnies portugaises puis hollandaises,
en introduisant la porcelaine chinoise, ont bouleversé
l'histoire de la céramique occidentale :
la quête de la composition de ce matériau
mystérieux se soldera par la découverte
du kaolin par Frédéric Böttger,
en 1709.
Les
premières céramiques
La Fresque céramique
est connue au Proche-Orient dès le mésolithique,
vers 7800 avant J.-C. Les premières pièces
sont à fond plat et à paroi très
épaisse. D'abord solidifiées au soleil,
elles sont bientôt cuites à four ouvert,
après façonnage au colombin (rouleau
d'argile en anneaux superposés et lissés).
Très tôt on a recours à des
moules : en pierre, en bois, en vannerie, voire,
à Chypre, en fond de coloquinte. Dès
le VIe millénaire, des décors sont
pratiqués par estampage, incision ou adjonction.
Bien
qu'elle soit plus ancienne, l'invention du tour
est attribuée par la tradition à Palos,
neveu de Dédale, vers 1200 avant J.-C. C'est
à cette époque qu'apparaît le
décor de couleur réalisé par
l'emploi d'un engobe : la céramique est enduite
d'une couche argileuse de même nature que
la pâte, mais plus fine et plus diluée,
teintée puis parfois polie. Réserves
et incisions font apparaître la couleur de
fond. L'Anatolie, la Syrie et la Palestine du IIIe
millénaire mettent au point des modes de
cuisson qui donnent des couleurs très brillantes,
grâce à un engobe à base d'oxyde
de fer qui devient rouge en atmosphère oxydante
(four ouvert) et noir en atmosphère réductrice
(four fermé et enfumé).
L'âge
du bronze
Les progrès techniques qui accompagnent l'apparition
du bronze rejaillissent sur les céramiques
: la maîtrise du feu permet d'atteindre des
températures plus élevées.
L'Europe centrale et occidentale entre en contact
avec le Proche-Orient et la Méditerranée,
les objets circulent. Les modèles métalliques
deviennent source d'inspiration. Ainsi, une «saucière»
retrouvée dans le Péloponnèse
reprend un modèle en or d'Arcadie, tandis
que, en Chine, la céramique blanche des Shang
répète les motifs des vases en bronze.
Alors
que la céramique précolombienne voit
apparaître la polychromie, sur des formes
très inventives (vases polypodes, multibecs,
anthropomorphes et zoomorphes, etc.), dans le Bassin
méditerranéen c'est la civilisation
minoenne qui offre, pour cette période du
bronze, les productions les plus abouties. Dès
les premiers palais (1900-1800 avant J.-C.), la
céramique peinte atteint avec le style de
Camarès une liberté et une souplesse
que la perfection des poteries de Suse n'avait pas
connues. Le style végétal des seconds
palais (1600 avant J.-C.) trahit l'influence mycénienne
qui dominera cette région au bronze récent.
Cruches, vases à étrier, gourdes,
cratères, « coupes à champagne
», les formes se diversifient et les parois
se couvrent d'un décor stylisé, qui
deviendra abstrait aux XIIIe-XIe s.
Apparus
dès le Néolithique, l'usage quotidien
et la fonction religieuse se développent
côte à côte. Les statuettes en
terre cuite et la grande sculpture destinée
aux sanctuaires sont là, à travers
les vestiges archéologiques, pour témoigner
de l'emploi courant à des fins cultuelles
de la céramique à cette époque.
L'âge
du fer
Découverte et mise au point par les Hittites
au IIe millénaire, la technique du feu permettant
d'atteindre des températures de l'ordre de
2 000 °C se répand lentement. En Chine,
la métallurgie domine toutes les créations
de cette époque et les céramiques
empruntent leurs formes et leur décor au
métal. En Étrurie, les céramiques
noires d'aspect métallique témoignent
de cette même influence, alors que la Grèce,
et plus particulièrement Athènes,
privilégie la production céramique.
Le
Xe s. voit naître le style géométrique
et ce que l'on appellera longtemps du terme impropre
de « vernis noir », en réalité
une argile délayée riche en oxyde
de fer alliée à un produit alcalin
qui se vitrifie à 800 °C. Cette technique
connaît son apogée avec les figures
noires du style attique (Exékias), et les
figures rouges du peintre d'Andokidès (VIe
s. avant J.-C.). Euphronios compte également
parmi les grands noms qui marquent la période.
Aux
figures animales et humaines de style raide et schématique
de l'âge géométrique succèdent,
sous l'influence des colonies grecques, entre les
Xe et VIIIe s. avant J.-C., des sujets épiques
et mythologiques où des motifs floraux, végétaux
et des animaux fantastiques s'épanouissent
sur des pièces d'une infinité de formes
(on en a dénombré plus de 700).
Rome
Les Étrusques donnent l'apparence du métal
à leur céramique dite bucchero nero.
À leurs somptueuses terres cuites funéraires
polychromes, les Romains préféreront
le marbre, et le métal envahira les tables
des riches, cantonnant la céramique aux usages
domestiques : jarres, cruches, lampes à huile,
etc.
La
production, concentrée dans des ateliers
régionaux, atteint un volume industriel avec
les poteries sigillées : au IIIe s. avant
J.-C., les Étrusques avaient mis au point
une poterie rouge dont la terre, très fine
et très homogène, était moulée
au tour. Cette poterie rouge, dont la fabrication
se maintiendra pendant toute la période romaine,
sera exportée dans l'ensemble du Bassin méditerranéen,
permettant une industrie florissante en Gaule au
Ier s. après J.-C. On a découvert
en 1979, à la Graufesenque, dans l'Aveyron,
des fours où pouvaient être empilés
jusqu'à 30 000 vases. Ces poteries, souvent
ornées à l'aide d'un sceau (sigillum)
et signées du potier, étaient largement
exportées vers la péninsule Ibérique.
Les
IIIe et IVe s. après J.-C. voient se développer
des poteries dont la couverte rend un éclat
métallique. Produite dans les mêmes
centres que la sigillée, la céramique
métallescente supplantera celle-ci.
Les
céramiques européennes
Il faudra attendre le XIIIe s. en Espagne et la
fin du Moyen Âge dans le reste de l'Europe
pour que la céramique redevienne un objet
recherché pour son luxe et sa beauté,
notamment avec la faïence. L'Occident médiéval
possède de nombreux centres potiers, dont
ceux du Beauvaisis et de la Saintonge. Matières
et couleurs seront pour leur part améliorées
au XVIe s. par Bernard Palissy.
La
faïence
Le terme désigne des poteries à pâte
tendre, opaque, poreuse, recouvertes d'un engobe
à base d'étain, appelé «
émail blanc ».
L'Égypte
et la Perse (briques de Suse) sont à l'origine
des premières céramiques émaillées.
On doit aussi au Moyen-Orient la découverte
de l'émail stannifère blanc et opaque,
qui donna naissance à la faïence, ainsi
que celle du lustre. Ces techniques gagnent le pourtour
de la Méditerranée et surtout l'Espagne
(faïences lustrées hispano-moresques
de Málaga et de Manises), du XIIIe au XVIe
s. La faïence se répand également
en Italie, où ces céramiques prennent
le nom de « majoliques » (Faenza, Sienne,
Deruta, Gubbio, Castel Durante, Urbino, etc.). C'est
à partir du XVIe s. que se développent
les principaux centres faïenciers de Delft
(Hollande), Nevers, Rouen et Moustiers (France),
bientôt imités par Lille, Saint-Cloud
ou Sinceny. Les centres les plus importants des
faïences dites « de petit feu »
sont quant à eux Strasbourg, Marseille, Sceaux
et Niederwiller. À la fin du XVIIIe s., l'importation
massive des faïences fines anglaises ruine
le commerce des faïences françaises.
Les
grès
Les grès communs et les grès fins
sont des pâtes dures partiellement vitrifiées,
opaques et imperméables sans glaçure.
L'art du grès, découvert en Chine
vers le IIIe s. avant J.-C., fut en Europe la spécialité
des pays du Nord. Il débute à la fin
du Moyen Âge, mais acquiert ses lettres de
noblesse au XVIe s. Au XIXe s., des céramistes
comme Carriès, Chaplet, Delaherche font des
recherches sur les grès d'Extrême-Orient
et remettent cette technique à l'honneur.
La
porcelaine
La porcelaine, inventée par les Chinois à
l'époque Tang (618-907) et diffusée
dès le VIIIe s. au Proche-Orient, est connue
en Europe dès le Moyen Âge, mais elle
n'est importée en grandes quantités
qu'à partir du XVIe s., par les Portugais.
Elle sera l'objet des recherches et la source d'inspiration
des potiers, verriers et alchimistes occidentaux
jusqu'au XVIIIe s.
Porcelaine
tendre
En France, à la fin du XVIIe s., des faïenciers
de Rouen, puis de Saint-Cloud mettent au point une
véritable production de porcelaine tendre
(manufactures de Chantilly [1725], Mennecy [1735]
et Vincennes [1738], transférée à
Sèvres en 1756). Cette production gagne l'Angleterre
(Chelsea, vers 1745), les Pays-Bas autrichiens (Tournai,
1750), l'Italie (Capodimonte, 1743), etc.
Porcelaine
dure
C'est à Meissen (Saxe), en 1709, que la première
porcelaine dure semblable à la porcelaine
chinoise est fabriquée par le chimiste allemand
Böttger grâce à la découverte
de gisements de kaolin. En France, la découverte
des gisements de kaolin à Saint-Yrieix (Limousin)
amène la fabrication de la porcelaine dure,
à Sèvres (1768), puis à Limoges
(1771) et en région parisienne (porcelaine
de Paris).
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Lire
aussi une belle histoire ici.
Roquebrune
Céramique est basée
à Roquebrune-sur-Argens
dans le Var
Roquebrune
sur Argens :
C'est
une cité millénaire. C'est au XIe siècle
que la commune fut fondée sous le nom latin de Rocca
bruna' en référence au Rocher Brun qui surplombe
le village. En 973, Guillaume Ier, Comte de Provence chasse
les Sarrasins qui avaient envahi la région depuis plus
d'un siècle. À partir de là, le village
a passé tout le Moyen Âge dans l'isolement à
l'abri de ses murailles, évitant aussi bien les envahisseurs
que les épidémies, telles la peste noire. Au
XVe siècle, la prospérité revient et
les constructions commencent à s'étendre hors
des fortifications, faute de place. Son ouverture sur le monde
ne se concrétisera qu'en 1829, lors de la construction
du Pont d'Argens qui relie Roquebrune à la route d'Italie.
La
Céramique :
Elle
désigne l’ensemble des objets fabriqués
en terre cuite qui ont subi une transformation physico-chimique
irréversible au cours d’une cuisson à
température plus ou moins élevée. De
nature utilitaire au départ, la céramique devient
rapidement une expression artistique, qui témoigne
de l'art de vivre des civilisations qui lui donnent des formes
et des décorations de plus en plus élaborées
: vases grecs, poteries précolombiennes, céramique
et porcelaine chinoises, céramique et porcelaine d'Europe
et du Moyen-Orient... La Vénus de Dolni Vestonice,
serait la plus ancienne céramique jamais découverte
Le mot céramique provient du grec ancien, kéramos,
qui signifie « terre à potier », «
argile ». Il a donné son nom à un quartier
d'Athènes, le Céramique.
Un
matériau céramique est solide à température
ambiante et n'est ni métallique, ni organique. Les
objets en céramique sont réalisés par
solidification à haute température d'une pâte
humide plastique (verres minéraux), ou agglutination
par chauffage (frittage) d'une poudre sèche préalablement
comprimée, telle que les pates blanches de Roquebrune
Céramique, sans passer par une phase liquide (céramiques
polycristallines) ; par extension, on désigne sous
le terme « céramique » les objets eux-mêmes
ainsi fabriqués.
On
peut distinguer trois branches de la céramique :
-
-la
céramique utilitaire, principalement la poterie,
la plus ancienne des formes de céramique (elle
est antérieure au travail des métaux)
qui utilise les terres argileuses comme matériau
de base ;
-
-la
céramique d'art qui a dérivé de
la précédente, et délaisse la fonction
utilitaire pour se centrer sur la valeur décorative
ou esthétique;
-
-la
céramique industrielle, particulièrement
développée au XXe siècle, et qui
utilise des matériaux à base d'oxydes,
de carbures, de nitrures, etc.
La
Ceramique murale est la première histoire de la Ceramique.
L’humanité
a commencé par l'art pariétal des peintures
murales des cavernes, premiers signes transmis entre les
hommes. Dessins, tracés, images de beauté,
d’effroi, de magie. La paroi, le mur a été
le premier support de la peinture.Le support de la peinture
murale est la pierre, le béton, la brique, le plâtre,
les matériaux de l'architecture. Le peintre peint
d'abord directement sur le support ou peint sur des toiles
qui sont ensuite marouflées (collées) sur
les murs.
Fresques
provencales
La
fresque est une technique particulière de la peinture
murale, y compris sur carreaux de céramique. La couleur
y est appliquée sur un enduit à la chaux fraîche
(fresco en italien). Le terme de fresque est le plus souvent
utilisé par métonymie dans le langage courant
et désigne la peinture murale en général
et rarement la technique.
Roquebrune
Ceramique essaye modestement de vous proposer des fresques
sur carrelage, heritage d'un savoir millénaire qui
a ete perfectionné par de nombreux ceramistes. La
Ceramique murale témoigne des préoccupations
de chaque époque, art public ou privé, laïque
ou religieux, populaire ou élitiste, jouant un rôle
social, voire politique. Elle est solidaire de l'architecture,
elle en est le prolongement et à ce titre, la perspective
est son outil pour la troisième dimension.
La
Ceramique murale peut mieux et autrement que la publicité
valoriser et marquer les entrées de ville, créer
des repères, identifier des lieux. Elle favorise
l'expression, le lien social. Domaine de l'art public, de
l'imagination de ses artistes et de ses décideurs.Cet
art mural, populaire, modeste et ambitieux jouit du respect
et de la complicité du spectateur et reste méconnu
et souvent ignoré des instances culturelles.
Trompe-l'œil
et Roquebrune Ceramique
On pourrait s’étonner, à notre époque,
de ce retour soudain, si contraire à l’évolution
de la peinture contemporaine qui s'est progressivement déchargée
de tous les éléments constitutifs de cet art
au point d'en abandonner la matière même, support
et couleur, après que le dessin, la composition et
le sujet en aient été successivement écartés.
Ce sont ces réductions qui ont caractérisé
la démarche de l'art moderne, c'est-à-dire
les changements qui se sont produits à partir de
1820 et du romantisme, accentués par les impressionnistes,
puis par les cubistes, les fauves, jusqu'à l'abstraction
et au conceptualisme. Tout ces trompe-l’œil,
ces peintures qui étaient oubliées depuis
deux siècles en Europe, les Américains les
avaient, eux, admirés au cours du XIXe siècle
et s'en étaient même engoués au moment
où l'Europe découvrait l'impressionnisme.
L'anecdote
célèbre rapportée par Pline le naturaliste,
d'après qui Zeuxis avait peint des raisins sur lesquels
s'étaient jetés des oiseaux, trompés
par l'exécution parfaite, une foule d'autres récits
de même ordre nous indiquent que dès les débuts
de la peinture, on cherchait avant tout l'identité
de la chose peinte avec son modèle.
Malgré
la pauvreté des moyens techniques dont ils disposaient,
les décorateurs romains étaient parvenus à
imiter le relief à même les murs pour simuler
la sculpture et les éléments d'architecture
: colonnes, chapiteaux, soubassements, statues, enrichissant
à moindres frais les intérieurs. À
l'aube du réveil de la civilisation sous la forme
de la peinture réaliste, Giotto commence par utiliser
des trompe-l’œil dans sa décoration de
la chapelle Scrovegni (1305) à Padoue, et toute la
peinture illustrative en découle : à Florence
son élève Taddeo Gaddi imite son exemple dans
le chœur de Santa Maria Novella (v. 1338), mais il
faut attendre plus d'un siècle pour que leurs successeurs
Masolino da Panicale et Masaccio renouvellent cet exploit.
L'invention
de la peinture à l'huile qui permettait le modelé
s'est traduite immédiatement par l'imitation de la
sculpture sur les volets des tableaux d'église, par
son inventeur même, Van Eyck. Toutes les peintures
de ses proches successeurs: Rogier van der Weyden, Memling,
Mabuse, le Maître de l'Annonciation d'Aix ont été
classées par les historiens d'art dans le genre de
la « peinture sculpturale ». En Italie, le XVe
siècle nous amène Antonello de Messine, dont
le Saint Jérôme de la National Gallery est
un magnifique trompe-l’œil sauf en ce qui concerne
la dimension, réduite. Le Vénitien Carlo Crivelli
peint un trompe-l’œil réussi avec sa Vierge
à l’enfant du musée de New York.
Il
a soin en outre, d'orner chacun de ses tableaux par des
fruits et des légumes en grandeur réelle,
qui n'ont d'autre but que d'en affirmer la réalité.
En 1504, enfin, Jacopo de Brabari, Vénitien, exécute
à Vienne un prototype des trompe-l’œil
qui suivront, qui est en même temps la première
nature morte, sous la forme d'une perdrix suspendue à
un mur avec deux gantelets de fer (Munich, Alte Pinakothek).
Au
XVIIe siècle italien, la peinture se détourne
du réalisme pour développer ses possibilités
illustratives dans de grandes dimensions décoratives.
Toutefois, Raphaël n'hésite pas à souligner
ses fresques grandioses du Vatican par des soubassements
en camaïeu imitant la sculpture : Michel-Ange accomplit
le plus grand trompe-l’œil de tous les temps
avec le plafond de la Chapelle Sixtine. Sandro Botticelli
et ses confrères du Quattrocento, l'avaient déjà
entourée par les images des papes en fausses sculptures.
En
Hollande, au XVIIe siècle, les sujets sont moins
ambitieux. La nature morte y atteint un sommet. Le trompe-l’œil
en est une sorte de maniérisme qui tente d'annexer
la troisième dimension en réduisant la profondeur
de champ et en accentuant le contraste clair-foncé.
Cependant, l'évolution diffère selon qu'il
s'agit de trompe-l’œil décoratifs à
grande échelle ou de tableaux de petits formats conçus
pour amuser les spectateurs, qui sourient quand ils s'aperçoivent
que ce qu'ils ont pris pour un relief est parfaitement plat.
En
effet, le relief s'apprécie surtout par la mise au
point du cristallin qui s'épaissit pour accommoder
la vue de près. La distance, la profondeur se ressentent
par la sensation du croisement des regards œil droit/œil
gauche qui forment un angle d'autant plus ouvert que l'objet
se rapproche. L'effort détermine une légère
tension musculaire qui nous renseigne sur la proximité
de l'objet regardé.
Il
convient de ne pas confondre les deux genres de trompe-l’œil,
celui qui se voit de loin et celui qu'on regarde de près
: le trompe-l’œil décoratif, ou monumental,
ou mural, tel que celui de Roquebrune Céramique et
le trompe-l’œil de chevalet. Le trompe-l’œil
mural s'apparente au décor de théâtre.
On ne sait pas d'ailleurs si les fameux raisins de Zeuxis
ne figuraient pas sur une scène. Le théâtre
antique étant en plein air, rien n'empêchait
les oiseaux d'y accéder. Dans ce cas, le peintre
grec s'était donné une peine inutile, car
l'éloignement de la scène permet une facture
expéditive étant donnée la définition
approximative requise. Les peintres de décor n'ont
pas besoin de pinceau double zéro, ils utilisent
des balais, au sol. Les peintres décorateurs qui
exécutent les trompe-l’œil à grande
échelle, comme ceux qui décorent, en Italie,
les plafonds des églises, au XVIIe siècle
où, de nos jours, les pignons des immeubles, peuvent
adopter un traitement différent selon qu'il s'agit
du rez-de-chaussée ou du 7e étage.
Définition
du trompe-l’œil
Le trompe-l’œil tend à restituer le sujet
avec la plus grande vérité possible, principalement
en donnant l’illusion du relief. Pour y parvenir,
le peintre n'utilise qu'une profondeur restreinte et le
contraste d'un premier plan clair se détachant sur
un arrière-plan sombre. On peut dire qu'il est la
forme la plus accusée du réalisme, en donnant
à ce terme son sens technique et non son sens littéraire.
Dans le réalisme de Courbet. le terme s'applique
surtout au sujet, plus encore qu'à la manière
de le traiter. au cours de leur œuvre, et même
en l'absence de celle-ci.
Vers la fin du XVIIe siècle, le « trompe-l’œilliste
» le plus fécond, Cornelis Norbertus Gysbrechts,
ne se contentant pas de la forme rectangulaire, réalise
la découpe compliquée d'un chevalet contre
lequel il dispose un tableau, retourne une palette, ajoute
une nature morte et une miniature, le tout découpé
dans le bois. À la même époque, sans
qu'on sache s'il avait vu cette découpe, un Vénitien
travaillant dans le midi de la France avait réalisé
un autre chevalet, couvert de tableaux différents
et encore plus compliqué, qui est resté la
propriété - et la gloire - du musée
d'Avignon. Gysbrechts avait encore conçu un autre
« chantourné » : un vide-poches garni
d'objets divers et il paraît que Samuel Van Hoogstraten
(1627-1678) garnissait son atelier de découpes imitant
divers objets dans le but de surprendre ses visiteurs, mais
elles ont disparu et les trompe-l’œil qu'il nous
a laissés sont de forme rectangulaire, mise è
part cette curieuse vue d'intérieur à trois
dimensions de la National Gallery qui se regarde par un
œilleton.
De
nos jours, la facilité de découpage du contreplaqué
devrait renouveler l'usage de sujets aux contours fantaisistes,
dans la lignée des silhouettes de personnages ou
d'animaux, comme il s'en fit au XVIIIe siècle : servante,
militaire, chien ou porc, voire au XXe siècle : cuisinier,
sergent de ville, l'un et l'autre chargés d'arrêter
le touriste. Genre qui n'a guère produit dans le
passé de véritable œuvre d'art, faute
d'avoir été pratiqué par de véritables
artistes. De tels « chantournés » n'ont
d'expression que limités à leurs deux dimensions,
mais les sculptures qui peuvent leur être opposées
n'ont bien souvent que peu d'angles sous lesquels on puisse
les apprécier favorablement. En outre le chantourné,
s'il a l'avantage de la couleur, présente aussi celui
de la légèreté et du moindre encombrement
et permet de diversifier les sujets. Daniel Solnon est un
des rares artistes à perpétuer aujourd'hui
le chantourné et à l'avoir actualisé.
Gysbrechts,
a aussi inventé le tableau retourné, sujet
maintes fois repris par des artistes ne craignant pas la
répétition. Posé sur le sol, ce trompe-l’œil
sera pris pour un tableau en attente d'être accroché
mais il risque de recevoir, dans une exposition, quelques
coups de pieds de visiteurs distraits. Le même inconvénient
guetterait les imitateurs d'Oudry et de Chardin, qui conçurent
des écrans coupe-vent destinés à fermer
les cheminées pendant la belle saison, lorsqu'on
n'y fait plus de feu, Oudry avec un chien devant une jatte,
Chardin avec la nappe d'une table desservie. De nos jours
il faudrait y ajouter la cheminée elle-même
car peu d'immeubles modernes en sont pourvus.
Les
céramistes ont imité la cage d'oiseau avec
une faïence plate découpée, habitée
par un perroquet. Mais dans une cage il est un élément
embarrassant à traduire, c'est le vide, la transparence
d'une grille, dont les intervalles, les vides ont peu de
chance de se trouver de la même couleur que le mur
sur lequel on l'appliquera. Aussi, dans bien des cas aurait-on
avantage à présenter le trompe-l’œil
sur un fond de la couleur des vides du tableau plutôt
que de lui mettre un cadre.
Il
serait souhaitable de s'évader du sempiternel rectangle,
mais nos yeux y restent contraints, puisque l'ellipse des
XVIe et XVIIe siècles après une tentative
de réapparition au XIXe siècle est condamnée
à moisir dans les greniers malgré l'aspect
gracieux de ses rondeurs. Des « trompe-l’œillistes
» ont tenté de revaloriser le cercle mais le
losange, les polygones, l'étoile, restent à
l'écart, et devront peut-être attendre le prochain
siècle pour sortir du néant.
Puisque
nous sommes condamnés au rectangle à perpétuité,
tâchons de découvrir parmi les objets rectangulaires,
usuels, ceux qui sont susceptibles de s'adapter au trompe-l’œil
: porte, fenêtre, panneau d'affichage ou de présentation,
étagère (très fréquemment utilisée),
armoire, vestiaire, bibliothèque, réfrigérateur,
coffre-fort, ardoise d'écolier, cageot de légumes,
cabine de douche ou d'essayage, boîte d'herbier, d'insectes,
de reptiles ou de minéraux, cartes postales, épreuves
photographiques, paquets-poste ficelés et affranchis
ont déjà connu leur interprétation
en trompe-l’œil. À chacun de regarder,
dans la rue, dans les intérieurs, dans les magasins,
dans les revues pour y découvrir des modes de présentation
inusités, mais toujours fondés sur la forme
rectangulaire du tableau, genre noble et de prix élevé.
On
a utilisé le placement horizontal, vu de dessus sur
une table basse pour des objets plats (Foujita, Ducordeau).
L'illusion est plus difficile que dans la position verticale
sur un mur, car le spectateur voit toujours les objets représentés,
de biais, alors que l'angle de la vision doit être
perpendiculaire pour que l'illusion subsiste quand on approche.
Les
commentaires divers et articles ci dessus sont aimablement
en partie fournis par Wikipidia.
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