LA
NOTE D'INFO DE ROQUEBRUNE CERAMIQUE
L'historiographie
maçonnique française .
Jusqu'au milieu du XXe siècle l'histoire de la franc-maçonnerie
fut exclue du champ de l'histoire universitaire classique. Particulièrement
en France, l'historiographie maçonnique se partageait alors
presque exclusivement entre des auteurs nettement hostiles à
la franc-maçonnerie et d'autres qui lui étaient
résolument favorables et qui étaient souvent maçons
eux-mêmes.
Depuis,
son influence politique s'est amoindrie et son conflit historique
avec l'Église catholique romaine en France, elle aussi
devenue politiquement moins puissante, s'est sinon résolu
du moins apaisé. Dans ce climat devenu plus favorable à
l'application des principes et méthodes de l'érudition
classique, l'historiographie maçonnique a pu se développer
et se constituer en une discipline autonome, la maçonnologie,
consacrée à une étude plus large et plus
neutre de l'univers culturel et intellectuel très varié
que constitue la franc-maçonnerie européenne en
général, et la franc-maçonnerie française
en particulier.
La
franc-maçonnerie française offre à l'historien
de nombreux documents (manuscrits, diplômes, gravures, caricatures,
articles de journaux, imprimés). Elle a produit également
un grand nombre d'objets rituels (tabliers maçonniques,
tableaux de loge, vaisselle, médailles commémoratives,
etc.), mais également de la vie courante (montres, pipes,
tabatières, sujets en faïence) exposés au public
dans plusieurs musées ou expositions permanentes. Mais
les sources principales restent celles des manuscrits et en tout
premier lieu le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque
nationale de France et celui de la Bibliothèque municipale
de Lyon. En 2001, le gouvernement russe a par ailleurs restitué
aux obédiences françaises, qui les mettent à
la disposition des historiens, la totalité des archives
qui avaient été confisquées aux loges pendant
l'occupation allemande et qui étaient conservées
à Moscou depuis la libération.
Le XVIIIe siècle .
Temple maçonnique du XVIIIème siècle, conservé
au Château de Mongenan (Gironde).D'après une tradition
remontant à 1777 la première loge maçonnique
apparue en France aurait été fondée en 1688,
au sein du régiment « Royal Irlandais » arrivé
en France suite à l'exil de Jacques Stuart, sous le nom
de « La Parfaite Égalité » de Saint-Germain-en-Laye.
Les historiens estiment la chose vraisemblable, mais elle n'a
jamais pu être démontrée. De même, la
première loge de source anglaise aurait été
« l'Amitié et Fraternité » fondée
en 1721 à Dunkerque.
La
première loge dont l'existence est historiquement certaine
fut fondée par des Anglais à Paris « vers
l'année 1725 ». Elle se réunissait chez le
traiteur Huré, rue des Boucheries, « à la
manière des sociétés angloises », et
regroupait principalement des Irlandais et des exilés stuartistes.
C'est assez probablement cette même loge qui recevra en
1732 des patentes officielles de la Grande Loge de Londres sous
le nom de « Saint Thomas », se réunissant à
l'enseigne du « Louis d'Argent », toujours rue des
Boucheries.
En
1728, les francs-maçons français décident
de reconnaître comme « grand maître des francs-maçons
en France », Philippe, Duc de Wharton (1698-1731), qui séjourne
à Paris et à Lyon de 1728 à 1729, et qui
avait déjà été, en 1723, grand maître
de la Grande Loge de Londres. Les jacobites James Hector MacLean
(1703-1750) puis Charles Radcliffe, Duc de Derwentwater (1693-1746),
lui succéderont. La nomination de Wharton, antérieure
à la transformation de la « Grande Loge de Londres
» en « Grande Loge d'Angleterre » en 1738, est
considéré par une partie des historiens comme le
point de départ d'une franc-maçonnerie française
indépendante de celle de Grande-Bretagne.
Si
l'existence d'un grand maître en France est ainsi attestée
dès 1728, il faudra cependant attendre dix ans de plus
pour qu'une véritable assemblée des représentants
de toutes les loges « anglaises » et « écossaises
» constitue pleinement la première Grande Loge de
France le 24 juin 1738 et institue Louis de Pardaillan de Gondrin
(1707-1743), deuxième duc d'Antin, « Grand Maître
général et perpétuel des maçons dans
le royaume de France ». C'est de cette Grande Loge que naîtront
toutes les obédiences françaises actuelles.
En
décembre 1736, le chevalier de Ramsay prononce un discours
développant l'idée d'une origine chevaleresque de
la franc-maçonnerie. Cette idée aura par la suite
une influence certaine sur l'apparition dans la période
1740-1770 de très nombreux hauts grades maçonniques
qui seront regroupés par la suite au sein des différents
rites maçonniques.
La
première révélation au public français
des secrets maçonniques date de 1737. Elle sera ensuite
publiée en 1738 dans La Gazette de Hollande sous le nom
La réception d'un frey-maçon et fait suite aux perquisitions
du lieutenant de police Hérault ainsi qu'au témoignage
d'une demoiselle Carton, danseuse d'opéra, à laquelle
un Frère se serait confié. La police de l'époque
attire l'attention du pouvoir royal sur les dangers que ferait
courir à la monarchie absolue une telle « Société
où l'on admet des personnes de tous États, conditions,
Religions, où il se trouvent un grand nombre d'Étrangers
». Elle fait en conséquence défense «
à tous traiteurs cabaretiers, aubergistes et autres de
recevoir les dites assemblées de freys-maçons »,
ce qui ne les empêche nullement de continuer à se
réunir, sous la protection de personnes de la haute noblesse,
telles que le duc d'Antin. D'autres perquisitions eurent lieu
de 1740 à 1745. Elles donnèrent lieu à des
rapports de police très détaillés qui sont
aujourd'hui une source précieuse pour les historiens de
la franc-maçonnerie. Elles furent accompagnées d'arrestations
et de condamnations légères, puis la franc-maçonnerie
s'installa définitivement dans le paysage social français
et les condamnations émanant du pouvoir royal cessèrent
jusqu’à la fin du siècle.
Philippe d'Orléans en grand maître du Grand Orient
de FranceL'année 1738 est également celle de la
condamnation de la franc-maçonnerie par la bulle «
in eminenti apostolatus specula » du Pape Clément
XII. Si cette condamnation fut le signal d'une vague de persécutions
dans les pays européens les plus soumis à l'autorité
de Rome, il n'en alla pas de même en France où aucune
bulle ne pouvait avoir d'effet sans être enregistrée
par le Parlement, ce que celui-ci se garda bien de faire, pour
des raisons politiques. Très rapidement, la franc-maçonnerie
française sera donc principalement composée de catholiques,
dont de nombreux prêtres, et le restera jusqu’à
la Révolution française.
Dans
les années 1740, naît en France, dans les milieux
de la haute aristocratie, une forme originale et mixte de la franc-maçonnerie,
sous le nom de « maçonnerie d'adoption », dont
la Grande Maîtresse est la duchesse de Bourbon-Condé,
sœur du duc de Chartres.
En
1743, après le décès du duc d'Antin, c'est
Louis de Bourbon-Condé (1709-1771), comte de Clermont,
prince du sang et futur membre de l'Académie française
qui lui succède en tant que « Grand Maître
de toutes les loges régulières de France ».
Il le restera jusqu’à sa mort, en 1771.
Vers
1744 on compte déjà une vingtaine de loges à
Paris et autant en province. Les loges de province sont le plus
souvent fondées par des maçons en déplacement
pour leurs affaires, mais surtout par l'intermédiaire des
loges militaires, au fil des déplacements de leurs régiments
: lorsqu'une loge militaire quitte ses quartiers d'hiver, il n'est
pas rare en effet qu'elle laisse dans son sillage l'embryon d'une
nouvelle loge civile. C'est de cette époque que datent
les nombreuses expressions d'origine militaire encore en usage
dans les banquets maçonniques modernes, telles que le célèbre
« canon » désignant un verre, ou la «
poudre forte » désignant le vin.
En
1771, Louis Philippe d'Orléans (1747-1793) succède
au comte de Clermont à la tête de la franc-maçonnerie
française. Sous son autorité et avec le soutien
des loges de province contre l'hégémonie de celles
de Paris, la Grande Loge de France est réorganisée
et change de nom pour devenir en 1773 le Grand Orient de France,
qui regroupe quelque 600 loges. Seuls quelques « Vénérables
», principalement parisiens, refusant de ne plus être
présidents à vie de leur loge, résisteront
à cette réforme en formant une « Grande Loge
de Clermont » qui poursuivra son activité jusqu'en
mai 1799.
Après
la Révolution française, le jésuite Augustin
Barruel écrivit que les francs-maçons avaient activement
préparé la révolution de 1789, ce qui accrédita
parfois l'idée d'un complot maçonnique. Cette thèse
fut ensuite souvent reprise, notamment sous la Troisième
République, par quelques auteurs catholiques qui y voyaient
un argument anti-maçonnique et anti-républicain,
ainsi que par différents francs-maçons qui y voyaient
un argument de nature à renforcer leur image auprès
du gouvernement.
Il
y eut en réalité des francs-maçons dans tous
les camps. Ainsi le Duc de Luxembourg, bras droit du Grand Maître
et initiateur de la fondation du Grand Orient de France, émigre
dès juillet 1789. Une loge aristocratique comme «
La Concorde », de Dijon se saborde dès août
1789. Le Grand Maître du Grand Orient lui-même, devenu
« Philippe-Égalité » renie publiquement
la maçonnerie en 1793, peu de temps avant de finir sur
l'échafaud. Et si le Grand Orient proclame son attachement
à la forme démocratique de gouvernement dès
janvier 1789, il est contraint de cesser ses activités
par la Terreur de 1793 à 1796. Alors qu'on dénombrait
près de 1000 loges à la veille de la Révolution,
75 loges seulement seront en mesure de reprendre leurs travaux
en 1800.
Cependant
les loges avaient, par leur fonctionnement dans les années
antérieures, pris une certaine indépendance vis-à
vis de l'État et de l'Église, ce qui avait vraisemblablement
contribué à l'éclosion d'aspirations nouvelles.
Parmi les francs-maçons actifs de l'époque révolutionnaire,
citons Mirabeau, Desmoulins, Couthon, La Fayette, La Rouërie,
Choderlos de Laclos, David et Rouget de l'Isle, créateur
de l'hymne national "La Marseillaise".
Le plébiscite du 6 novembre 1804 légitime l'Empire
de Napoléon Ier. Dans les jours qui suivent, les francs-maçons
français apprennent que son frère Joseph Bonaparte
est nommé Grand Maître du Grand Orient de France,
dont l'administration effective est confiée à Jean-Jacques-Régis
de Cambacérès.
Une
légende affirme que Napoléon lui-même aurait
été maçon. Pourtant les propos qu'il tient
à Sainte-Hélène semblent clairement prouver
le contraire:
«
C'est un tas d'imbéciles qui s'assemblent pour faire bonne
chère et exécuter quelques folies ridicules. Néanmoins,
ils font de temps à autre quelques bonnes actions. »
Pendant l'Empire, le Grand Orient de France, étroitement
contrôlé par le pouvoir politique, réunit
progressivement sous son égide la quasi-totalité
de la franc-maçonnerie française qu'il développe
de nouveau pour atteindre rapidement le nombre de 1200 loges,
dont de très nombreuses loges militaires.
Toutefois,
en 1804, le comte Alexandre de Grasse-Tilly (1765-1845) venant
des Antilles, rentre en France muni de pouvoirs émanant
du Suprême Conseil de Charleston, fondé en 1802.
Il établit alors un Suprême Conseil de France et
contribue à la création d'une « Grande Loge
générale écossaise de France », placée
sous la protection de Kellerman. Le centralisme d'état
exige alors la fusion de ces deux institutions et l'obtient pendant
quelques années.
Suite à la campagne d'Égypte de 1799, la société
française se passionne pour l'histoire de ce pays. Vers
1810, le Rite de Misraïm et la franc-maçonnerie dite
« égyptienne » apparaissent dans les milieux
français installés en Italie. Ils s'installent en
France en 1814.
Dès
le début de la Restauration, en 1814, le comte de Grasse-Tilly
réveille le conflit qui ne cessera plus d'opposer jusqu’à
la fin du siècle le Grand Orient de France, qui se veut
le centre d'union de toute la franc-maçonnerie française
et le Suprême Conseil de France, jaloux de l'indépendance
du Rite écossais ancien et accepté.
La
fin de l'Empire entraîne un important affaiblissement de
la franc-maçonnerie française qui avait été
l'un de ses piliers et qui voit son nombre de loges décroître
jusqu’à 300 autour de l'année 1820.
Pendant
tout le XIXe siècle la franc-maçonnerie française
se démocratise et se politise peu à peu : de nombreux
francs-maçons sont parmi les révolutionnaires de
1830 et à l'exception de Lamartine et Ledru-Rollin, tous
les membres du gouvernement provisoire de 1848 sont francs-maçons.
Suite
aux excommunications répétées de l'Église
catholique, devenues applicables en France depuis le Concordat,
les catholiques quittent progressivement les loges, qui, par contrecoup,
deviennent de plus en plus anticléricales. Le
Second Empire commence. Comme son oncle l'avait fait avant lui,
il offre sa protection à la franc-maçonnerie française,
tout en la mettant sous tutelle. Il obtient du Grand Orient de
France que celui-ci élise le Prince Murat à la Grande
Maîtrise. En 1862, le Grand Orient ayant obtenu que celui-ci
ne se représente pas, Napoléon III décida
de nommer lui-même son successeur, en la personne du Maréchal
Magnan qui n'était pas franc-maçon et auquel il
fallut conférer rituellement en toute hâte les 33
degrés de l'écossisme. Le décret impérial
ayant oublié de le mentionner, l'autre obédience
maçonnique française, le « Rite écossais
», dirigé par l'académicien Jean Viennet (1777-1868)
parvint de justesse à conserver son indépendance.
Deux
ans plus tard, l'empereur autorisa de nouveau le Grand Orient
à élire son Grand Maître. Magnan fut élu
et resta Grand Maître jusqu’à sa mort en 1865.
L'archevêque de Paris donna l'absoute devant son cercueil
revêtu de ses insignes maçonniques, ce qui lui fut
reproché ensuite par le pape. Tirant la leçon de
cette période d'autoritarisme, le Grand Orient supprima
la Grande Maîtrise à la fin de l'Empire, confiant
sa direction à un « Président du Conseil de
l'Ordre ».
En
1870, on compte environ 18000 francs-maçons au Grand Orient
de France et 6000 au Rite écossais.
En
mars 1871 commence la Commune de Paris, dans laquelle les francs-maçons
de la capitale s'impliqueront fortement. Le Frère Thirifocq,
militant socialiste, membre de la loge « le libre Examen
» du Suprême conseil de France demande que les bannières
maçonniques soient plantées sur les remparts et
qu'elles soient « vengées » (sic) dans le cas
où elles seraient trouées par les balles des Versaillais.
De nombreux francs-maçons figurent parmi les révolutionnaires,
dont Jules Vallès ou Élisée Reclus. Le 29
avril 1871 eut lieu une grande manifestation rassemblant devant
les forces versaillaises plusieurs milliers de francs-maçons
des deux obédiences derrière des dizaines de bannières.
Cette manifestation fut suivie de l'entrevue entre les deux émissaires
de la Commune (dont Thirifocq) et Adolphe Thiers, qui se solda
par un échec puis par l'écrasement de la Commune
par les Versaillais. Contrairement à celles de Paris, les
loges de province ne soutinrent pas la Commune et, dès
la fin de celle-ci, le Grand Orient désavoua officiellement
l'action des loges parisiennes pour se rallier à Thiers
et à la Troisième République dans laquelle
il fut amené à jouer un rôle de premier plan.
Le
8 juillet 1875, Jules Ferry (futur ministre de l'Instruction Publique
de la République) et Émile Littré (auteur
du dictionnaire éponyme) sont initiés par la loge
« la Clémente Amitié ». La République
française, qui veut ouvrir des écoles laïques
sur tout le territoire, entre en conflit ouvert avec l'Église
catholique qui s'y oppose. C'est dans ce contexte que le Grand
Orient, qui apporte officiellement son soutien à la République,
décide en 1877 de supprimer pour ses membres l'obligation
de croire en l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme,
et pour ses loges l'obligation de travailler « A La Gloire
du Grand Architecte de l'Univers ». En théorie chaque
loge reste libre de son choix de continuer ou pas à respecter
cet ancien landmark de la franc-maçonnerie, mais en pratique,
dans un climat envenimé par 30 années de conflit
ouvert entre la République et l'ancienne religion d'État,
toutes les références à la religion seront
progressivement supprimées des rituels du Grand Orient.
Du
côté du Rite écossais du Suprême Conseil
de France, l'obligation traditionnelle n'est pas supprimée,
mais son Grand Commandeur Crémieux rappellera avec vigueur
dès 1876 que sa juridiction n'impose « aucune forme
au Grand Architecte de l'Univers ». Le Suprême Conseil
doit également faire face à une fronde des loges
des trois premiers grades, qui entendent s'affranchir de sa tutelle.
Il finira par leur accorder leur indépendance au sein de
la Grande Loge de France (2e du nom) fondée en 1894 pour
administrer les trois premiers grades de la franc-maçonnerie
du Rite écossais ancien et accepté.
De
1893 à 1899, la France voit se constituer la première
obédience maçonnique mixte, qui deviendra très
rapidement internationale: l'Ordre mixte international du Droit
humain, qui adopte lui aussi le Rite écossais ancien et
accepté.
Le XXe siècle .
Pour l'histoire de la franc-maçonnerie française,
le XXe siècle débute avec un scandale qui laissera
des traces durables et qui témoigne bien de l'implication
de la franc-maçonnerie de l'époque dans la politique
: l'affaire des fiches. Elle débute en 1901 lorsque le
général André, ministre de la guerre et franc-maçon,
met en fiches les convictions philosophiques et religieuses de
quelque 27000 officiers, pour gérer leur avancement. Les
renseignements sont fournis par des centaines de francs-maçons
dans tout le pays. En 1904, la presse s'empare de l'affaire. Le
scandale est immense et s'achèvera par la démission
du général André.
En
1913, deux Loges, « le Centre des Amis » et la «
Loge Anglaise 204 » quittent le Grand Orient et fondent
la « Grande Loge nationale indépendante et régulière
», qui sera immédiatement reconnue par la Grande
Loge unie d'Angleterre et qui restera jusque dans les années
1960 principalement animée par des Anglais ou des Américains
résidant en France. En 1948, cette obédience changera
de nom pour celui de Grande Loge nationale française qu'elle
porte encore aujourd'hui.
Si
le courant pacifiste qui apparaît en France avant la Première
Guerre mondiale se manifeste aussi dans la franc-maçonnerie,
il disparaît dans celle-ci comme dans le reste du pays dès
le début du conflit et le premier cabinet d'Union sacrée
comprend 9 francs-maçons. Une conférence internationale
réunit en janvier 1917, au siège de la Grande Loge
de France, plusieurs obédiences européennes. Il
y est lancé un appel à la création de la
Société des Nations. Une conférence similaire
réunit en juin 1917 les réprésentants de
16 obédiences alliées ou neutres au siège
du Grand Orient de France avec les mêmes objectifs.
Après
les pertes dues à la guerre, la franc-maçonnerie
française reprend sa progression : le Grand Orient de France
passe de 23000 membres en 1919 à 33000 dans les années
1930, tandis que la Grande Loge de France passe de 6300 membres
à 16000 sur la même période.
En
1922, le congrès de l'Internationale communiste, à
la demande de Zinoviev, interdit la double appartenance au parti
communiste et à la franc-maçonnerie. La plupart
des francs-maçons socialistes qui avaient choisi le parti
communiste après la scission du congrès de Tours
le quittent alors. Des loges de réfugiés russes,
fermées par les bolchéviques, se reconstituent en
France : « Astrée » à la Grande Loge,
« l'étoile du Nord » et « la Russie libre
» au Grand Orient.
Entre
les deux guerres mondiales, la franc-maçonnerie française
occupe une place majeure dans l'appareil politique de la République
et s'implique fortement dans ses combats. Elle sera donc particulièrement
touchée lorsque la République s'effondrera face
aux troupes allemandes en 1940.
Le
régime de Vichy et l'occupant allemand s'unissent pour
organiser dès octobre 1940 une importante exposition anti-maçonnique
qui circulera dans toute la France. Le thème général
affirme l'existence d'un complot de l'anti-France, qui aurait
été responsable de l'effondrement du pays, et qui
aurait été organisé, selon les thèses
de l'Action française, par « le juif, le protestant,
le maçon et le métèque ». Un service
des sociétés secrètes est organisé
en 1941. Il étudie les archives confisquées et publie
une revue « Les documents maçonniques » qui
voit dans la franc-maçonnerie l'une des causes principales
de la défaite. Une loi de 1941 applique le « statut
des juifs » aux francs-maçons. Le film anti-maçonnique
« Forces occultes » est réalisé et projeté
à Paris en 1943.
À la Libération, un millier de francs-maçons
français ont été déportés ou
tués, la plupart pour leurs activités de résistance
ou à cause de leurs origines juives. Les temples ont été
pillés, les archives confisquées. Lorsque les loges
se relèvent, des comités d'épuration souvent
spontanés se mettent en place. Au total, le nombre de francs-maçons
actifs a diminué des deux tiers. La franc-maçonnerie
française mettra vingt ans à retrouver ses effectifs
d'avant guerre. Elle préfére désormais se
tourner davantage vers la réflexion philosophique, voire
spirituelle que l'action directement politique.
La
condamnation communiste de la franc-maçonnerie diminue
considérablement en France à partir de 1945, principalement
en raison de la fraternité née pendant la Résistance
entre gaullistes, communistes et franc-maçons face à
leur ennemi commun : le régime de Vichy.
En
1945, les franc-maçonnes des loges d'adoption de la Grande
Loge de France se constituent en une « Union maçonnique
féminine de France », qui deviendra en 1952 la Grande
Loge féminine de France. En 1959, cette obédience
abandonne le Rite d'adoption pour le Rite écossais ancien
et accepté.
En
1958, des Frères de la Grande Loge nationale française,
en désaccord avec la non-reconnaissance des autres obédiences
françaises, fondent la « Grande Loge nationale française
dite « Opéra » » devenue depuis la Grande
Loge traditionnelle et symbolique Opéra (GLTSO).
En
1964, la Grande Loge de France signe un accord avec le Grand Orient
de France qui provoque une scission en son sein et au sein du
Suprême Conseil de France. Le Grand Commandeur Charles Riandey,
accompagné de quelques centaines de Frères, quitte
alors le Suprême Conseil pour en fonder un autre, sous l'égide
de la Grande Loge nationale française, dénommé
« Suprême Conseil pour la France ».
Depuis
les années 1970, on assiste en France à un très
grand nombre de scissions qui ont donné naissance à
plusieurs petites obédiences, ainsi qu'à de très
nombreuses micro-obédiences et à quelques loges
indépendantes. Si le sérieux de quelques unes d'entre
elles est unanimement reconnu, la conformité aux traditions
maçonniques de quelques autres n'est pas toujours bien
établie. Certains auteurs voient dans cette tendance le
reflet de l'atomisation individualiste et du rejet des institutions
qui caractérisent, selon eux, l'actuelle société
française.
Le XXIe siècle .
Le 20 février 2002, à Paris, les Grands Maîtres,
Grande Maîtresse et Présidents de 9 obédiences[28]
signent le texte fondateur de la « Maçonnerie française
», expression dont le Grand Orient de France dépose
la marque :
«
[...] À l'écart des controverses partisanes, engagées
dans une démarche initiatique qui émancipe les consciences,
les obédiences maçonniques françaises affirment
en commun :
La
primauté d'un parcours équilibré entre démarche
initiatique, pratique d'une méthode symbolique et engagement
citoyen et social ;
Le rejet de tout dogmatisme et de toute ségrégation
;
Le refus de tous les intégrismes et de tous les extrémismes
;
La volonté de travailler à l'amélioration
de la condition humaine, aux progrès des libertés
individuelles et collectives :
La défense et la promotion de la liberté absolue
de conscience, de pensée, d'expression et de communication
;
La défense et la promotion de la laïcité, liberté
essentielle qui permet toutes les autres ;
La recherche du dialogue pour la paix, la fraternité et
le développement
Elles décident de travailler ensemble à l'amélioration
de l'Homme et de la Société. »
En octobre 2002, cet ensemble d'obédiences crée
l'Institut maçonnique de France qui a pour but de «
promouvoir l'image culturelle de la maçonnerie française
à travers son patrimoine historique, littéraire,
artistique et sa diversité » et de « redécouvrir,
approfondir et faire mieux connaître à tous les publics
intéressés les valeurs culturelles et éthiques
de la franc-maçonnerie ». L'IMF est à la fois
une fondation pour la culture maçonnique et un centre d'études
et de recherches. Il organise chaque année un salon du
livre maçonnique et décerne un prix littéraire
qui récompense un auteur non maçon défendant
des idées et des valeurs proches de celles de la franc-maçonnerie.
En
juillet 2006, la Grande Loge de France décide de se retirer
de cette association et le Grand Orient de France accepte d'annuler
la marque « Maçonnerie Française » auprès
de l'INPI.
Principales obédiences françaises .
Il y a, en 2005, environ 135 000 adhérents aux diverses
loges maçonniques. Les obédiences françaises
ne se reconnaissent pas toutes entre elles mais leurs membres,
indépendamment des nuances voire des divergences de leurs
obédiences, se reconnaissent le plus souvent entre eux
comme Frères et Sœurs.
Groupe de reconnaissance de la « Maçonnerie française
» .
Les obédiences de ce groupe sont rangées dans un
ordre protocolaire, fondé sur leur ancienneté :
le
Grand Orient de France (première obédience française
en nombre de Frères, masculine mais accepte les Sœurs
comme visiteuses)
Créé en 1773 par transformation de la première
Grande Loge de France (1738), 47 000 adhérents en 2007,
environ 1000 loges.
la Fédération française du "Droit Humain"
de l'Ordre maçonnique mixte international « le Droit
humain », (mixte).
Créée en 1893 par des francs-maçons issus
des deux grandes obédiences de l'époque, 15 250
adhérents (en 2005), 518 ateliers.
la Grande Loge féminine de France (féminine mais
accepte les Frères comme visiteurs)
Créée en 1952 par transformation de l'Union maçonnique
féminine de France (1945), 13 000 adhérentes (en
2009), 400 loges.
La Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra (masculine)
Créée en 1958 par des membres issus de la Grande
Loge nationale française (1913), 3200 adhérents
La Grande Loge féminine de Memphis-Misraïm (féminine
mais accepte les Frères comme visiteurs)
Créée en 1965, 1000 adhérentes, 50 loges
La Loge nationale française (masculine)
Créée en 1968, 600 adhérents
La Grande Loge mixte universelle (mixte)
Créée en 1973, 1000 adhérents
La Grande Loge mixte de France (mixte)
Créée en 1982, 3800 adhérents,188 loges
NB : la Grande Loge de France s'est retirée de ce groupe
en 2006.
Groupe de reconnaissance de la Grande Loge unie d'Angleterre .
la Grande Loge nationale française (masculine, seule obédience
reconnue par la Grande Loge unie d'Angleterre. Elle n'a aucune
relation avec les autres francs-maçons français.
C'est la deuxième obédience française en
nombre de Frères): Créée en 1913 par deux
loges ayant quitté le Grand Orient de France (1773), 42
000 adhérents (en 2009), 1456 loges. Théiste, elle
requiert de ses membres de travailler à la Gloire du Grand
Architecte de l'Univers, défini comme Dieu, unique et révélé.
Elle ne reconnait pas l'initiation féminine.
Le
cas particulier de la Grande Loge de France .
Il existe en France une autre obédience historique, la
Grande Loge de France, dont le statut est un peu particulier,
puisqu'elle revendique son indépendance par rapport aux
deux grands pôles de reconnaissance mentionnés plus
haut: Strictement masculine, ayant obtenu en 1894 son indépendance
du Suprême Conseil de France fondé en 1821, elle
revendiquait 27 992 adhérents et 779 loges en 2008 (Chiffres
donnés au Convent 2008). Dans la querelle du Grand Architecte
de l'Univers, elle s'en est toujours tenue à la position
du convent de Lausanne de 1875 sans condamner pour autant le Grand
Orient de France et les autres obédiences dites «
libérales ». Chef de file en France du courant maçonnique
déiste, elle propose une voie intermédiaire axée
sur un travail spirituel et philosophique entre les groupes maçonniques
théistes proches des anglo-saxons et les obédiences
plus marquées par des thématiques sociétales.
En
amitié avec des obédiences libérales à
travers le monde, elle cherche à développer son
particularisme en créant directement des loges à
l'étranger, ou par le biais de relations internationales
notamment au sein de la Confédération des Grandes
Loges Unies d'Europe ou par ses liens avec les loges Prince Hall
aux États-Unis.
Obédiences
récentes ou récemment refondées .
Article détaillé : Nouvelles obédiences maçonniques
françaises.
Depuis une trentaine d'années, il apparaît et disparaît
de nouvelles obédiences françaises chaque année.
Ce mouvement s'est notablement amplifié suite à
la crise des rites maçonniques égyptiens en 1998.
Certaines de ces obédiences sont d'une origine et d'une
tradition bien connue et documentée. D'autres sont d'une
origine et d'une authenticité plus difficilement vérifiables
et ne réunissent que quelques dizaines de membres. Des
risques de dérives diverses, par exemple sectaires, peuvent
exister dans certains cas.
Loges indépendantes ou « sauvages » .
Toutes les époques, depuis les origines, ont également
vu apparaître puis rapidement disparaître un certain
nombre de loges indépendantes, parfois qualifiées
de « sauvages », c'est-à-dire travaillant seules,
en dehors de toutes obédiences, souvent à l'initiative
d'un dirigeant charismatique ayant une conception très
originale, voire parfois tout à fait personnelle, de la
franc-maçonnerie. Pour ce qui concerne la France, ce fut
le cas par exemple de loges occultistes ou mystiques d'inspiration
plus ou moins maçonniques créées par des
personnalités comme Cagliostro et Papus, mais aussi de
quelques loges tout à fait maçonniques ayant fonctionné
clandestinement pendant l'occupation.
Ce
mouvement de création de loges indépendantes de
toute fédération et de tout contrôle, s'est
considérablement accéléré dans les
années 1970 et les principales obédiences mettent
généralement en doute le caractère authentiquement
maçonnique de ces groupuscules récents aux origines
incertaines.
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